El buque "Esmeralda", símbolo de la impunidad criminal en Chile

 The "Esmeralda" ship, a symbol of criminal impunity in Chile

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Patricia Woodward a la librairie FNAC, Rouen


L'Esméralda a Rouen

Je voudrais vous exprimer tout d’abord mes chaleureuses salutations a tous. Comme vous le savez déjà, je suis venue à Rouen pour la visite du navire chilien Esméralda, ou mon frère Michel Woodward et beaucoup d’autres chiliens, militants de partis en faveur de Salvador Allende, ont été détenus et torturés au moment du coup d’état en l973.

Je suis ici donc en qualité de soeur d’une victime assassinée par les forces de l’Etat de la dictature d’ Auguste Pinochet, mort causée par les terribles torture infligées.

Il y a quelques liens importants entre la France, mon frère et le Chili. Apres ses études au séminaire au Chili, Michel ont étudié à l’Institut Catholique à Paris en 1961, pendant 2 ans. Il a vécu chez les Missionnaires Franciscains de Marie, à Vanves.

Ç’était l’époque des prêtres ouvriers et Michel a bientôt troqué la soutane pour une veste de cuir noir. De retour au Chili il se trouve bouleversé par les problèmes sociaux. Il commence sa vie avec les plus pauvres, dans les collines au dessus de Valparaíso, comme prêtre ouvrier avec un total desinteressement et une grande générosité. 80 prêtres de Valparaíso ont essayé de dialoguer avec l’Évêque du diocèse.
Mais l’ Évêque était bouché, aveugle aux problèmes des couches les plus pauvres de la société. L’église la plus progressiste forme donc le mouvement « Chrétiens pour le Socialisme », uni aux idées de Salvador Allende, premier président marxiste élu en Amérique Latine. Michel a fait parti de ce mouvement. Son militantisme politique, ses responsabilités dans le quartier, l’ont fait le point de mire des forces de la Marine, qui a occupé militairement Valparaiso le 11 septembre 1973.

Un peu plus tard, une patrouille navale a arrêté Michel chez lui, l’aube. Il a demandé la permission de dire au revoir à ses voisins, et les marins, armés, l’ont laissé faire ses adieux. On a donc la preuve que c’est bien la Marine qui l’a arrêté. Plus tard de l´Esméralda un médecin a téléphoné a son supérieur, le
Capitaine d’un autre navire au port, pour lui dire qu’un prêtre prisonnier était très mal. Le capitaine, a envoyé son médecin a l´Esméralda et celui-ci est retourné en disant que le cas était sérieux. Ils ont appelé une ambulance mais Michel est mort en route vers l’hôpital.

Le Capitaine Carlos Fanta a donné son témoignage à la Commission de Vérité et Réconciliation apparue en l991. Le Rapport de la Commission, connue comme l’Informe Rettig, affirme que « les enquêtes menées par cette Commission ont permis de vérifier qu’une unité spécialisée de la Marine était installée dans l’Esméralda ayant pour mission d’interroger les détenus se trouvant sur le bateau, ainsi que ceux amenés d’autres endroits de réclusion de la Marine. Ces interrogatoires comportaient, en règle générale, des tortures et des mauvais traitements »
Apres 30 ans, la Marine n’a pas encore admis ses crimes sur l’Esméralda. Personne n’a répondu à mes lettres. Personne n’a été jugé coupable. Il y avait plus de 100 victimes. Ils ont voulu effacer toute une série d’événements. Nous voulons restaurer la dignité de Michel et de toutes les victimes. Que la justice soit faite et que les coupables soient punis et que la Marine soit obligée de révéler la vérité. Alors NON a l’impunité!


Aujourd’hui il y a deux Chilis: le Chili qui ne veut pas regarder en arrière pour comprendre son passé, et les Chiliens qui vivent comme ils peuvent leur quotidien, et conserve la mémoire de leurs êtres chers. Dans le second groupe il y a quelques prêtres, de plus en plus âgés, qui luttent avec les pauvres contre les maux de notre société contemporaine : la drogue, le chômage, les différences de niveaux économiques. Ils s’accompagnent de l’esprit et de l’exemple des victimes torturées, disparues, mortes.

Comme, par exemple, les prêtres assassinés, comme mon frère, comme le français André Jarlan. A Santiago on peut visiter la petite maison d’André Jarlan, mort par une balle qui l’a transpercé, en l984. J’étais la l’année dernière pour la messe de son anniversaire. Une grande foule occupait tout un carrefour, à La Victoria, banlieue très éloigné du centre. En plein soleil, de nombreux prêtres, les Petites Soeurs de Foucauld, tout un événement plein de chants et de joie, ou nous prié pour les 5 prêtres, martyres de la dictature. Il y avait aussi le P. Pierre Dubois, un français de plus!
Le gouvernement actuel du Chili veut donner une vision très moderne du pays. Le Chili doit entreprendre tout un éventail de projets commerciaux et faire face a d’autres inquiétudes internationales A la page Web de l’Ambassade a Paris, on constate que le Chili est devenu un pays créditeur du Fonds Monétaire International, qu’il y a un traité de libre-échange entre les Etats-Unis et le Chili qui doit entrer en vigueur au 2004, qu’il joue un rôle dans le Conseil de Sécurité des Nations Unies, et que l’Accord d’Association entre le Chili et l’Union européenne s’est accompli en novembre dernier.
Le gouvernement, et son Président, reconnaissent le Rapport Rettig et confirment ses déclarations. Cela n’a pas empêché le Président Lagos de dire adieux a l’Esméralda et a tout l’équipage au départ de cette croisière en ces termes que je traduis: « Le Chili est un pays démocratique, solide, qui progresse, et ou les droits de l’homme son respectés, et vous devez en être fiers. »

Pour les victimes et les familles, dire que »l’Esméralda est l’Ambassadeur de tous les chiliens », comme on l’appelle officiellement, est un geste ignoble. Comme centre de torture d’un régime illégal, il faut entreprendre une investigation des faits, des circonstances, des responsabilités, et que la justice soit faite et la vérité enfin connue. Seulement ainsi l’Esméralda pourra naviguer librement, tête haute., sur les mers du monde.
Les jeunes marins, qui finissent leur carrière a bord de l’Esméralda ne sont pas responsables des crimes d’il y a 30 ans. Mais la Marine du Chili, et le Gouvernement qui l’appuie, méritent tout le rejet qu’ils trouveront dans chaque port de ce voyage.


Patricia Woodward Bennetts
Rouen, France, 11/06/03

 

Pagina puesta al dia / Updated 15 March 2006     -       Webmaster