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Les oubliés de l'Esmeralda
Source: Paris-Normandie.fr
Date: 12 de junio del 2003
Le voilier chilien en escale à Rouen fut un centre de torture sous Pinochet,
selon Amnesty International qui protestait hier au nom des victimes
Le 11 septembre 1973, Augusto Pinochet renverse le gouvernement d'Union
populaire de Salvador Allende. Un coup d'état militaire, particulièrement
sanglant, qui plonge le Chili dans la dictature. Trente ans après, ce «
terrifiant passé » et son cortège de crimes impunis rattrapent le port de Rouen.
Hier soir, quai Jean-de-Béthencourt, une centaine de personnes, militants des
droits de l'homme pour la plupart, ont manifesté devant la passerelle du quatre
mâts chilien, l'Esmeralda. Au pied du pont Guillaume-le-Conquérant depuis
dimanche soir, ce navire-école ne peut effacer les plaies qui jalonnent sa
coque. Ces cent dix victimes qui, au lendemain du coup de force, y ont été
détenues arbitrairement, malmenées et torturées par les putschistes.
3.000 victimes
« Un lieu de mort », confirme Nicole Ricavy. En charge du continent américain au
siège parisien d'Amnesty international, celle-ci exige seulement de la marine
chilienne qu'elle « reconnaisse ces crimes ». Une reconnaissance qui, tout en
soulageant les familles des victimes, permettrait de « traduire devant la
justice les responsables de la terreur ».
« Nous luttons pour un monde de vérité qui ne laisse plus place à l'ignorance et
à l'impunité. Afin que les 3.000 victimes du régime sanguinaire d'Augusto
Pinochet ne soient pas oubliées », insiste la militante. A ses côtés, Patricia
Bennetts reste hantée par le mois de septembre 1973. Son frère, le père Michael
Woodward a été torturé dans les soutes du voilier. Prêtre ouvrier, « il avait
troqué la soutane pour une veste en cuir » et, marqué par les problèmes des
couches les plus pauvres de la population chilienne, avait soutenu le
gouvernement socialo-marxiste de Salvador Allende.
Emblème maritime
« Les marins l'ont arrêté, torturé et il est mort le 22 septembre sur la route
de l'hôpital. Trente ans après, la marine n'a toujours pas admis ses crimes.
Personne n'a répondu à mes lettres. », dénonce Patricia Bennetts. Son combat
depuis, restaurer la mémoire de Michael et des autres victimes. « Je demande que
toute la lumière soit faite sur ces événements, sur ces tortures. Ensuite,
l'Esmeralda pourra naviguer tête haute sur toutes les mers du monde ! » Une
lutte contre l'oubli qui, comme pour la Shoah, est loin d'être évidente. « La
mémoire est parfois difficile à sortir. » En attendant la vérité, les
manifestants ne peuvent accepter de voir le navire-école servir d'emblème
maritime au Chili. De le voir être l'ambassadeur de tout un peuple qui,
aujourd'hui encore, n'a toujours pas réussi à tirer un trait sur ces dix-sept
années de dictature.
Jérôme Savoye
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