El buque "Esmeralda", símbolo de la impunidad criminal en Chile

 The "Esmeralda" ship, a symbol of criminal impunity in Chile

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L' "Esmeralda", le vaisseau-école de mort et de torture de la Marine
chilienne

Par Germán F. Westphal
Traduction par Fernando Ruiz


Le 11 septembre de 1973, le général Augusto Pinochet renverse, par un sanglant coup d'Etat, le gouvernement constitutionnel Chilien du Dr. Salvador Allende. Au cours des 17 années de sa dictature, il soumet le Chili au terrorisme d'Etat, le plus vile des terrorismes, car il se dissimule sous le masque de l'exercice de l'autorité de l'Etat. D'après les données officielles, environ 3.197 personnes ont été brutalement assassinées par des agents de l'Etat Chilien pendant cette période.


Ce chiffre inclut 49 enfants âgés entre 2 et 16 ans - les restes d'un enfant de 13 ans ont été récemment trouvés avec 11 balles dans le corps, et 9 dans le crâne. Font aussi partie de ce nombre 126 femmes -dont certaines enceintes- ainsi qu'une cinquantaine d'étrangers parmi lesquels il y a plusieurs citoyens Brésiliens, Uruguayens et Argentins. Dès le 11 septembre de 1973, le vaisseau-école "Esmeralda" fut utilisé par la Marine chilienne comme centre de détention et de torture à Valparaíso. Ceci a été démontré respectivement par la Commission Interaméricaine des droits humains de l'OEA d'une manière convaincante (Rapport du 24/OCT/74), Amnesty International (AMR 22/32/80 Informe), le Sénat des Etats-Unis (Résolution 361-16/JUN/86) et le Rapport de la Commission nationale Chilienne pour la Vérité et la Réconciliation (Troisième Partie, Chapitre I, Section 2 page 2.).


Il existe des multiples témoignages convergents qui affirment que l' "Esmeralda" fut utilisé comme chambre de torture flottante. Parmi d'autres, celui de l'avocat Chilien Luis Vega, décédé en exil (2001) en Israël; et celui de l'ancien officiel de l'Institut National de Développement Agricole, Claudio Correa, qui réside en Angleterre; et encore celui du professeur de l'université et ancien-maire de Valparaíso, Sergio Vuscovic, qui réside au Chili.


40 femmes ont été détenues, torturées et violées

D'après le Rapport de la Commission nationale Chilienne pour la Vérité et la Réconciliation , dans le cas du bateau « Esmeralda », les enquêtes menées par cette Commission ont permis de vérifier qu'une unité spécialisée de la Marine s'y était installée, ayant pour mission d'interroger les détenus se trouvant sur le bateau, ainsi que ceux amenés d'autres endroits de réclusion de la Marine. Ces interrogatoires comportaient, en règle générale, des torture et des mauvais traitements. La "spécialisation" de l'unité mentionnée n'a pas besoin d'autre commentaire. D'après le même Rapport, la Marine utilisa comme centres de détention deux navires marchands, le "Maipo" et le "Lebu."


L'estimation du nombre de détenus à bord de l' «Esmeralda » varie selon les témoignages, en raison des déplacements d'un bateau à l'autre dont certaines prisonniers ont été l'objet pour être interrogés. En 1986, le Sénat américain indique qu'il y a eu 112 personnes. D'après les évidences disponibles, à un moment donné, le nombre de femmes détenues se montait à 40, soumises à toute sorte d'abus (torture, mauvais traitements, viols).


Le cas du père Miguel Woodward

Parmi le détenus il est nécessaire de signaler le cas du prêtre Catholique anglo-chilien Miguel R., Woodward. Il est mort le 22 septembre 1973 suite aux torture après son transfert à l'hôpital Naval de Valparaíso par indication d'un médecin naval. Bien que la Église Catholique ait demandé son corps, celui-ci n'a jamais été restitué : il fut jeté dans une fosse commune sur laquelle, plus tard, une autoroute a été construite.

Le cas du père Woodward est légalement inclus dans les enquêtes du juge Baltasar Garzón de l'Audience Nationale d'Espagne, Résumé 19/97-J, ouverte contre Augusto Pinochet et autres pour les infractions du génocide et terrorisme international, lesquelles ont été commises à travers meurtres multiples, conspirations pour meurtre, enlèvement de vive force, torture et disparitions (Rapport du 03/NOV/98, Antécédent dixième). La détention du père Woodward à bord de l'Esmeralda fut rapportée pour la première fois en septembre 1973 par le journal «L'Étoile » de Valparaíso, malgré qu'à l'époque toute la presse, y compris « l'Etoile », étaient soumises à la rigueur de la censure militaire.


Le sinistre condor de l'Esmeralda

Le condor qui sert de figure de proue à « l'Esmeralda » n'évoque pas uniquement l'emblème qui fait partie des armoiries du Chili : il rappelle aussi le sinistre Plan Condor. Ce plan fut conçu et rendu effectif par Augusto Pinochet et ses bourreaux à fin de coordonner le terrorisme militaire dans le Cône sud, et étendre ainsi leurs actes criminels aux pays de la région et même au-delà. Ce Plan Condor permit la participation conjointe de divers services de renseignements militaire du Cône sud au meurtre de l'ancien Chef de l'Armée Chilienne, Carlos Prats et de sa femme, à Buenos Aires; également, au meurtre de l'ancien ministre des affaires étrangères Chilien, Orlando Letelier, à Washington, ainsi qu'à l'attentat, à Rome, contre l'ancien Vice-président de la République de Chili, Bernardo Leighton et sa femme. D'après les premières évidences, l' enquête de la Commission des députés de Brésil, le Plan Condor était aussi en vigueur dans territoire Brésilien et il a probablement été partie prenante dans la mort de l'ex-Président João Goulart.


Un symbole des actions criminelles.
 

Il est certain que l'"Esmeralda" est un bateau de mort et de torture, comme le prouvent nombre d'évidences ; mais est devenu aussi le symbole, - par la figure d'oiseau carnassier qu'orne sa proue- des actions les plus sinistres et criminelles qui ont jamais eu lieu dans les pays du Cône sud. Sa tournée annuelle dans différents ports du monde ne peut nous laisser indifférents: il ne saurait être question de bienvenue tant que les membres de la Marine chilienne, faisant l'effort de surmonter leur lâcheté morale, ne reconnaîtront l'usage criminel qui a été fait du bateau et ne demanderont pardon pour les victimes martyrisées à son bord.
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Pagina puesta al dia / Updated 15 March 2006     -       Webmaster