Carta de Patricia Woodward al Presidente de Francia
Madrid, le 22 mai 2003
Monsieur le Président de la République
Palais de l'Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris
Monsieur le Président,
Je me permets de m'adresser à vous concernant la visite que le vaisseau-école «
Esmeralda » de la Marine chilienne fera au port de Rouen au courant du mois de
juin 2003. La France a donné son accord à cette visite, à l'instar de ce qu'on
fait d'autres gouvernements européens.
A ce propos j'ai adressé une lettre au Secrétaire Général du Conseil d'Europe,
M. Walter Schwimmer que j'attache à la présent. Je souligne, comme vous le
verrez, que ce bateau fut le théâtre, en septembre 1973, de meurtres et de
tortures perpétrées systématiquement sur au moins 100 victimes par des agents
étatiques. Parmi les tués figure mon frère, le Père Miguel Woodward, double
national Britannique et Chilien, tué par effet des tortures brutales auxquelles
il fut soumis. Malgré les conclusions dans ce sens du Rapport de la Commission
Nationale de Vérité et Réconciliation du Chili (1991) les successifs Commandants
en Chef de la Marine de guerre du Chili ont nié ces faits et leurs patrons, les
chefs du gouvernement respectifs, ont omis de leur demander des rectifications.
J'ai demandé à M. Schwimmer de traiter de la visite du vaisseau « Esmeralda »
avec le Gouvernement français, ainsi qu'avec les autres pays hôtes (le
Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Espagne) . A noter que les visites initialement
programmées en Suède et en Hollande ont été annulées à la suite de protestations
récentes. Je lui ai aussi demandé que le Conseil d'Europe assimile les décisions
autorisant ces visites de l' «Esmeralda» à une forme de traitement dégradant à
l'égard des victimes et de leurs familles qui habitent dans des pays Européens.
Si ce point de vue est retenu, ces autorisations de visite violeraient l'Article
3 de l'Accord Européen des droits humains et
des Libertés Fondamentales, lequel dit: «Nul ne peut être soumis à la torture ni
à des peines ou traitements inhumains ou dégradants»
J'ai aussi demandé au Secrétaire Général que chacun des pays concernés
reconsidère leur décision politique à ce propos et annule les autorisations
d'entrée de l' « Esmeralda » dans leurs ports.
Je me suis aussi adressée à M. George Papandreou, alors Président du Conseil de
Ministres de l'Union Européenne, lettre que j'attache aussi, afin d'attirer son
attention sur le fait que le Gouvernement Chilien est en infraction vis-à-vis
des Articles 1 (Clause 1), 12 (Clause 2) et 16 (Clause 1) --relatifs aux droits
de l'homme-- de l'Accord d'Association entre le Chili et l'Union Européenne,
approuvé par le Parlement Européen en novembre 2002 et sujet à ratification pour
les parlements nationaux européens. J'ai demandé à M. Papandreou de bien vouloir
transmettre aux gouvernements Européens ma requête de reconsidérer la
ratification de la proposition de l'Accord d'Association en la soumettant à la
condition que le gouvernement Chilien offre des garanties que les procès
judiciaires pour violations des droits humains seront poursuivis sans
interventions.
J'ai l'espoir que le gouvernement Français réagira favorablement aux requêtes
dans ce sens qu'il recevra, en rapport avec la visite de l'Esmeralda, de la part
du Secrétaire Général du Conseil d'Europe et du Président du Conseil de
Ministres de l'Union Européenne.
Avec mes salutations respectueuses,
Patricia Woodward Bennetts
En annexe:
Lettre à M. Walter Schwimmer
Lettre à M. Georges Papandreou